Quand la science éclaire les choix en santé : entretien avec le Professeur Alpha Kabinet Keita de la Guinée

Quand la science éclaire les choix en santé : entretien avec le Professeur Alpha Kabinet Keita de la Guinée

Conakry – À l’occasion de la Journée mondiale de la santé 2026, placée sous le thème « Unissons nous pour la santé. Soutenons la science », l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) met en avant des personnes engagées qui utilisent la science pour améliorer la vie des populations dans la Région africaine.

Chercheur reconnu en infectiologie, le Professeur Alpha Kabinet Keita est l’une des voix scientifiques les plus influentes de Guinée sur les maladies émergentes. À travers son travail, il contribue à renforcer la capacité du pays à anticiper, comprendre et répondre aux menaces sanitaires. Pour lui, la science ne doit pas rester confinée aux laboratoires : elle doit éclairer les décisions publiques, dialoguer avec les communautés et inspirer la jeunesse. Dans cet entretien, il partage sa vision d’une science utile, crédible et profondément ancrée dans les réalités locales.

Quel rôle la science joue t elle aujourd’hui dans la compréhension et la gestion des maladies émergentes en Guinée ?
La science est aujourd’hui notre première ligne de défense. C’est grâce à elle que nous pouvons comprendre comment les maladies apparaissent, comment elles se transmettent et comment mieux les contrôler. En Guinée, les avancées scientifiques ont permis d’identifier plus rapidement les agents responsables des épidémies et d’adapter les réponses sanitaires en conséquence.

Au delà du diagnostic, la science guide aussi la surveillance des maladies, la définition des traitements et les stratégies de prévention. Elle permet d’anticiper plutôt que de subir. Sans données fiables ni recherche rigoureuse, il serait impossible de protéger efficacement les populations face aux menaces sanitaires émergentes.

Quelles avancées récentes en infectiologie vous semblent les plus déterminantes pour la santé publique en Afrique de l’Ouest ?
Plusieurs avancées ont profondément changé notre capacité de réaction. La première est le séquençage génétique, qui permet de suivre l’évolution des virus presque en temps réel. Cela aide à mieux comprendre leur circulation et à adapter les réponses.

Les vaccins innovants, notamment contre des maladies comme Ebola, constituent une autre avancée majeure. Ils ont sauvé des vies et renforcé la confiance dans la prévention. Enfin, les outils numériques jouent un rôle croissant : ils améliorent la collecte de données, la surveillance sanitaire et la coordination des réponses. Ces progrès, parmi d’autres, améliorent la résilience des systèmes de santé en Afrique de l’Ouest.

Comment renforcer la crédibilité scientifique et lutter contre la désinformation dans les communautés ?
La crédibilité scientifique repose sur trois éléments clés : la rigueur, la transparence et la proximité avec les populations. Il est essentiel d’expliquer la science de manière simple, claire et honnête. Le langage technique doit être traduit en messages compréhensibles, sans perdre le sens.

Les scientifiques doivent aller à la rencontre des communautés, dialoguer, écouter et répondre aux préoccupations. Travailler avec des personnes de confiance – leaders communautaires, enseignants, agents de santé – est indispensable pour contrer les fausses informations. Il faut aussi investir dès le plus jeune âge dans l’éducation scientifique pour développer l’esprit critique et une meilleure compréhension de la science.

Qu’est ce qui manque encore pour que les décideurs s’appuient systématiquement sur les données scientifiques en matière de santé ?
Les données existent, mais le lien entre la science et la décision politique reste fragile. Ce qui manque surtout, ce sont des espaces de dialogue structurés et réguliers entre chercheurs et décideurs. La science doit être intégrée comme un réflexe dans l’action publique, et non comme un avis consulté tardivement.

Institutionnaliser ces échanges permettrait de transformer les résultats de la recherche en politiques concrètes, adaptées et efficaces. Une décision éclairée par la science est une décision plus juste et plus durable pour la santé des populations.

Quel message souhaitez vous adresser à la jeunesse guinéenne engagée ou intéressée par la science ?
Je voudrais leur dire que le pays a besoin d’eux. La Guinée a besoin de jeunes scientifiques rigoureux, curieux et intègres. S’engager dans la science, c’est choisir de servir le bien commun.

Je les encourage à se former sérieusement, à cultiver l’esprit critique, à poser des questions et à innover. Ils doivent rester ancrés dans les réalités locales tout en restant ouverts sur le monde. Une science crédible, engagée et utile est possible en Guinée, et elle commence avec eux.

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Pour plus d'informations ou pour demander des interviews, veuillez contacter :
Kadijah Diallo

Chargée de communication
Bureau Régional de l'OMS pour l'Afrique 
Email: dialloka [at] who.int (dialloka[at]who[dot]int)